Au Nigeria, quand l’« évêque » est aussi baron de la drogue, ses fidèles meurent à la messe

Fric-Afrique avec Le Monde | vendredi 11 août 2017 16:35

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Au sud-est du Nigeria, dimanche 6 août, onze catholiques ont été assassinés à l’église. Un écho sanglant de la guerre des gangs de la drogue, à Johannesburg.
 

Devant le visage du Christ crucifié, onze fidèles qui assistaient à une messe ont été abattus dimanche 6 août dans le sud-est du Nigeria : des victimes collatérales d’une querelle de territoires qui a lieu à plus de 5 000 km de là, selon les premiers éléments de l’enquête.

Pour Emeka Umeagbalasi, un militant local des droits de l’Homme, les assaillants de l’église catholique St Philippe d’Ozubulu, près de la ville d’Onitsha, avaient pour objectif d’assassiner le fils d’un chef communautaire local, qu’ils n’avaient pas trouvé à son domicile. Ils se sont ensuite rendus à l’église « à sa recherche mais ne l’y ont pas trouvé, ce qui les a mis en colère et ils ont alors ouvert le feu sur les fidèles de manière indiscriminée », selon cette même source, qui a indiqué que le chef communautaire, père de la cible, a été blessé par balles à l’église.

Dès le jour du drame, le chef de la police de l’Etat d’Anambra, Garba Umar, avait confirmé qu’il s’agissait d’une tentative d’assassinat manquée liée à une rivalité au sein de la communauté locale.

Une querelle de territoires

La personne visée par cette attaque serait Aloysius Nnamdi Ikegwuonu, alias « l’Evêque », mécène de l’église St Philippe et philanthrope richissime de la ville. Les menaces de mort contre l’homme ne cessaient de grandir, et le filet de se resserrer autour de lui.

Selon les premiers éléments de l’enquête, le drame serait issu d’une querelle de territoires à Johannesburg. « Nos informations indiquent que l’attaque n’est pas étrangère à une sorte de guerre des gangs entre les fils d’un même village, qui se sont engagés dans une bataille hors du Nigeria, plus précisément en Afrique du Sud », a révélé dimanche soir le commissaire Garba Umar.

Une « petite main » qui travaillait pour l’Evêque à Johannesburg, et dont l’AFP a pu se procurer le témoignage, affirme qu’un certain Obreche, baron installé du trafic de drogue dans la capitale économique d’Afrique du Sud, a fait lui-même venir le jeune Aloysius il y a dix ans. Ils venaient tous deux de la même région. Selon cette source, Obreche le forme au trafic de nyaope (drogue très bon marché à base d’héroïne) et l’installe sur un de ses territoires au cœur de Johannesburg.

Aloysius Nnamdi Ikegwuonu se retournera ensuite contre son mentor, refusant qu’aucun autre de ses protégés ne profite du trafic. Il deviendra ensuite « l’Evêque » et amasse tant de richesses qu’il construit des routes, des églises et des écoles dans sa province d’origine au Nigeria : des actions saluées alors par le gouverneur de l’Etat, Willie Obiano, qui les qualifie de « projets humanitaires ». Les deux hommes n’hésitent pas à poser, côte à côte, sur d’immenses panneaux publicitaires en leur honneur.

A travers sa fondation Ebubechukwu Uzo, dont la page Facebook est à la gloire de Jésus et de Dieu, « l’Evêque » met en place des programmes de microcrédits pour les veuves et les personnes âgées. Fin juillet, il offre trois voitures aux nouveaux prêtres d’Ozubulu. « Il fait ça chaque année pour les nouveaux ordonnés », raconte Ejefonye Okamachi, un résident de la communauté. Dans une interview au journal nigérian The Nation, un porte-parole de la fondation réfute toutefois l’origine criminelle de la fortune de « l’Evêque », qui provient selon lui d’investissements immobiliers. Pour le porte-parole, la tuerie de dimanche était « un acte terroriste ».

Des personnes arrêtées

Une série d’assassinats ont eu lieu à Johannesburg, beaucoup ciblant de Nigérians issus de la région d’Ozubulu. Il est néanmoins difficile d’associer ces meurtres à la seule guerre des gangs de la drogue, dans un pays où le taux de criminalité est aussi élevé. Statistiquement, « ces crimes mafieux se mêlent à ceux de la criminalité généralisée qui gangrène l’Afrique du Sud ou aux violences xénophobes contre la communauté nigériane », explique Valentina Pancieri, doctorante au département de criminologie de l’université du Cap. Pour elle, « le recours à la violence est très, très rare au sein des cartels nigérians ». Ils « sont en général très petits, de dix personnes maximum, et contrairement à la mafia italienne, russe ou mexicaine, ils la jouent profil bas ».

« Nous avons affaire à une dangereuse guerre des gangs qui se propage à travers l’Etat d’Anambra », a déclaré le gouverneur de l’Etat d’Anambra, Willie Obiano, ajoutant que la police avait procédé à des arrestations liées à la tuerie, sans dévoiler le nombre, ni les identités des personnes arrêtées. « L’Evêque », lui, reste introuvable. En 2016, il avait prévenu ses ennemis sur la page Facebook de sa fondation Ebubechukwu Uzo : « Aucune arme fabriquée contre le Chef Aloysius Nnamdi Ikegwuonu ne pourra prospérer au nom de Jésus ».
 

Le Monde     

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